Durabilité faible et durabilité forte : quelle différences ?

 

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WS

 

Au cours des derniers siècles, nous avons exploité les ressources naturelles de notre planète. Entre-temps, des catastrophes naturelles, telles que l’intensification des inondations et des sécheresses et l’augmentation du niveau de la mer, nous signalent que nous devons changer quelque chose à notre mode de vie. Selon le WWF, le 28 juillet 2022 est le jour du dépassement de la Terre, date à partir de laquelle l’humanité a consommé toutes les ressources que la Terre peut reconstituer en un an. Les origines de la relation faussée à la biodiversité et aux écosystèmes sont nombreuses. Nous avons décidé de l’aborder avec les notions de “durabilité faible vs forte”. Mais à quoi ces concepts sont-ils liés et dans quelle mesure sont-ils encore actuels et pertinents ? C’est ce que vous allez découvrir dans cet article.

 

 

La relation entre le capital naturel et le capital manufacturé

 

Ces approches mettent en parallèle deux notions : le capital naturel et le capital manufacturé. Le capital natural représente les ressources naturelles de l’environnement. Comme le précise Ekins, le capital naturel est une “métaphore pour indiquer l’importance des écosystèmes dans le développement de la société et le bien-être humain “. D’autre part, le capital manufacturé concerne les biens matériels (outils, machines, bâtiments, infrastructures) nécessaires au développement de l’économie et au maintien du bien-être humain.

 

 

Les différences entre la durabilité faible et la durabilité forte

 

La différence entre la durabilité faible et la durabilité forte réside dans la manière dont ils considèrent le capital naturel et le capital manufacturé. Au contraire des partisans de la durabilité forte, les partisans de la durabilité faible avancent que le capital naturel et le capital manufacturé sont interchangeables et que l’affaiblissement du capital naturel peut être remplacé facilement par des solutions techniques.

 

La différence entre durabilité faible et durabilité forte

 

 

Qu’est-ce que la durabilité faible ?

 

Selon l’approche de la durabilité faible, il n’y a pas de différence selon que le bien-être humain est généré par le capital naturel ou le capital manufacturé (ou tout autre capital spécifique). Par conséquent, la durabilité est garantie tant qu équilibre du capital naturel et du capital manufacturé est maintenu, ou idéalement augmenté pour le bien des générations futures.

Cette approche de la durabilité a été particulièrement encouragée au cours du siècle des Lumières. Au cours des derniers siècles, nous avons pensé que les ressources naturelles étaient illimitées et peuvent être exploitées sans tenir compte des conséquences négatives que cela pouvait avoir sur notre économie et notre mode de vie. Le narratif défendu par les partisans de la durabilité faible rappelle fortement le récit éco-moderniste non-alarmiste. Ce récit admet que le progrès scientifique et technologique et la croissance (capitaux manufacturés) nous permettraient d’atténuer notre impact sur l’environnement. Cependant, l’approche éco-moderniste (tout comme celle de la durabilité faible) peut être considérée comme un pari.

En privilégiant sans le savoir l’approche de la durabilité faible, nous avons contribué à maximiser la compensation monétaire pour les dégradations environnementales dont nous avons été directement témoins l’été dernier. Bien que la durabilité faible soit encore soutenue aujourd’hui, les expériences et les progrès scientifiques ont montré des limites plus systémiques, mais aussi économiques et écologiques. Face à l’urgence climatique et aux défis de la transition écologique, d’autres approches doivent être envisagées.

 

 

Qu’est ce que la durabilité forte ?

 

Les partisans de la durabilité forte réfutent l’interchangeabilité des capitaux naturels et manufacturés. Pour eux, le capital naturel est essentiel pour produire du capital manufacturé et ne doit pas être considérés comme un stock inépuisable de ressources. Il doit plutôt être considéré comme complémentaire au capital manufacturé et aux autres formes de capital dans la production du bien-être humain (Brand 2009 cité par Pelenc & Ballet).

Contrairement à la destruction des biens manufacturés, la destruction du capital naturel est irréversible, comme l’atteste le début de la 6e extinction massive d’espèces (Elkins et al.). La destruction du capital naturel comprend également la disparition des biens et services écosystémiques essentiels au bien-être humain. En ce qui concerne les services écosystémiques, l’évaluation des écosystèmes pour le millénaire les définit comme les avantages que les gens tirent des écosystèmes. Certains d’entre eux sont commercialisés dans notre économie. Ces services écosystémiques comprennent notamment les services d’approvisionnement tels que la nourriture, l’eau, le bois et les fibres ; les services de régulation qui affectent le climat, les inondations, les maladies, les déchets et la qualité de l’eau ; les services culturels qui fournissent des avantages récréatifs, esthétiques et spirituels ; et les services de soutien tels que la formation des sols, la photosynthèse et le cycle des nutriments.

 

 

L’établissement d’un Capital Naturel Critique (CNC)

 

Une idée proposée en 2015 pour préserver nos services écosystémiques était d’établir un “capital naturel critique” (CNC). Selon Chiesura et de Groot, le CNC est communément défini comme la partie de l’environnement naturel, qui remplit des fonctions importantes et irremplaçables. L’idée est de définir les parties des écosystèmes qui sont vitales pour l’existence et le bien-être de l’homme, puis d’établir un seuil à partir duquel leur dégradation doit être évaluée comme critique. Une telle réflexion sur les interactions entre l’environnement naturel et le bien-être humain soulève un ensemble de questions complexes.

Par exemple, quels sont les critères permettant de supposer que la dégradation (ou la disparition) de l’une ou l’autre des zones de capital naturel affectera le bien-être de l’être humain ? Comment savoir quelle zone de capital naturel est essentielle pour qui et pourquoi ? Qu’est-ce qui doit être considéré comme une “perte intolérable” ? Compte tenu de leur complexité, ces questions ont été abordées au niveau des experts et des scientifiques.

Les acteurs de la société civile et les entreprises étant les premières victimes des catastrophes climatiques, ils sont susceptibles de jouer un rôle central dans la définition du CNC et de notre relation à la biodiversité.

 

 

Conclusion

 

La durabilité faible considère que l’économie et l’écologie sont interchangeables, ce qui a pour effet que l’économie devient souvent une “fin en soi”. À l’inverse, la durabilité forte affirme clairement : sans nature, pas d’hommes, et sans hommes, pas d’économie. En repensant à notre slogan, vous connaissez déjà l’approche que nous privilégions. Mais comme nous l’avons déjà mentionné, celle-ci nécessite l’implication de tous les acteurs de la société civile.

Finalement, l’environnementalisme éclairé stipule que les bonnes connaissances et les forces motrices qui ont augmenté le bien-être humain durant les dernières décennies pourraient être pertinentes pour sensibiliser à la nécessité de préserver le capital naturel et notre biodiversité.

Face aux défis futurs, deux options s’offrent à nous : la complaisance ou l’optimisme conditionnel. Soit nous continuons à affirmer que la préservationdes écosystèmes est vitale, mais nous continuons à nous plaindre ou à nous lamenter que rien ne se passe dans ce sens. Soit, malgré tous les défis liés à la transition écologique, nous savons au fond de nous-mêmes que nous pouvons les relever avec les bonnes connaissances, les bons outils, en innovant et en sensibilisant les acteurs de la société civile. Comme le dit Steven Pinker, partisan de l’environnementalisme éclairé dont l’approche mériterait d’être discutée dans un autre article, “nous ne pouvons pas être complaisamment optimistes à propos du changement climatique, mais nous pouvons être conditionnellement optimistes”. Chez Tapio, nous avons déjà pris notre décision. Et vous ?

 

 

Sources